Féminismes

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dimanche, août 31 2014

Spider-Woman

Couverture alternative de Spider-Woman par Milo Manara

Vous avez peut-être vu passer cette couverture alternative au premier numéro de Spider-Woman par Marvel. Marvel a re-lancé récement des comics dont les héros sont des héroïnes, c'est cool, et propose cette couverture dessinée par Milo Manara aux collectionneurs, c'est un peu moins cool.

Manara est un dessinateur et scénariste connu pour ses BDs érotiques, et notamment "Le Déclic" dont une couverture présentait une pose très similaire.

Le declic par Milo Manara

Je ne vais pas épiloguer sur la pertinence de faire poser des super-héroïnes comme des héroïnes de BD érotique, l'éditorial en chef de Marvel Comics a dit dans une interview qu'ils feraient plus attention la prochaine fois, qu'ils ne recommenceraient pas et tout, bref on va faire semblant de croire que ça n'était pas fait exprès pour le buzz.

Aujourd'hui, j'ai retweeté un modèle 3D assez pourri mais qui me semblait éclairant sur le problème de morphologie posée par la couverture de Manara.

Premier modèle 3D de la couverture de Spider-Woman

On m'a signalé sur twitter que ce modèle est "bidonné", je le trouve pas si "bidonné" que ça, moche et mal fait, ce qui accentue l'aspect monstrueux et comique du rendu de coté, et pas mal de gens sur le thread reddit d'origine le critiquent.

On trouve dans les commentaires de twitter, et dans le commentaires de reddit, une contre proposition un peu plus humaine.

Deuxième modèle 3D de la couverture de Spider-Woman

Mais ce modèle ne colle pas (ou pas non plus ?), comme le montre une critique de la critique de la critique du dessin de Manara.

Critique du deuxième modèle 3D

C'est à ce niveau d'inception que je regrette de ne pas savoir utiliser de logiciel de 3D, parce que c'est super intéressant de pouvoir voir le modèle sous l'angle latéral.

Sinon, ce que Manara en dit, c'est que c'est pas de sa faute, c'est ..euh.. Dieu ou l'évolution qui a fait les femmes comme ça...

... Il faudrait peut-ẽtre lui dire que son dessin se qualifie sans problème pour figurer dans un billet sur Escher Girls !

Et si vous avez pas vu les parodies, allez voir la couverture d'oatmeal pour le prochain spider-man et la proposition de spinn-off de Deadpool vue sur twitter :)

mardi, novembre 19 2013

Féminisme, homme et paternité.

(Nota Bene : Ce billet a été écrit en octobre 2012, au final, il n'est publié que maintenant, voilà voilà, c'était une petite précision)

Je suis un homme. Je suis un homme mais je me considère comme un féministe. Je sais que certaines me nient cette appellation. Je sais que certaines préfèrent que les hommes qui se disent féministe se disent anti-sexistes ou des alliés. Très bien. C'est leur droit. Le mien, c'est de continuer à dire que je suis un féministe.

Je suis un homme. Je suis un privilégié. Malgré tout ce que j'ai pu vivre comme problème, comme difficulté, comme situation où j'ai été en position de dominé (quelques soit le critère utilisé pour définir la relation dominante dominé, que ce soit le genre, la richesse ou autre), il y a d'énorme chance que la situation est été pire si j'étais une femme.

Mais je suis un homme. Je ne vais pas m'excuser de l'être. Alors je suis féministe.

Enfin, j'étais un homme. Maintenant, avant d'être un homme, je suis un papa. Et je conçoit les choses comme cela. Je suis le papa d'une adorable petite fille. Avant, avant d'être un papa, j'aurais accepté les critiques de ceux (ou celles) qui disent qu'un homme ne peut pas être féministe. J'aurais peut être même accepté de me dire anti-sexiste ou alliés, pour ménager les sensibilités.

Parce que maintenant, je suis un papa. Et je pense qu'un papa, qu'un bon papa, qu'un vrai papa, ne peut être que féministe, surtout, quand son enfant est une fille. Parce qu'il ne peut vouloir que ce qui est le mieux pour elle. Et qu'en attendant qu'elle soit suffisamment grande pour pouvoir défendre elle même ses choix (si je prends mon exemple, ma fille n'a même pas trois ans), c'est à ses parents de le faire. Ces deux parents. Donc aussi a lui, le papa, ou à eux, les deux papa (ou à personne si il n'y a pas de papa)...

Un exemple ? Ma fille a deux jouets qu'elle adore. Ses voitures et sa dînette. Et j'en suis très heureux. Mon cœur se gonfle d'amour quand je la prend sur mes genoux et qu'elle tient le volant pour m'aider à garer la voiture. Où qu'elle fait Vrouuuummmm avec ses petites voitures en plastique. Et de même je trouve ça totalement adorable quand elle s'amuse à refaire papa et maman qui font la cuisine avec sa dînette et qu'elle aussi elle prépare à manger pour ses peluches.

Et je rentre dans le lard de tout ceux ou celles qui me disent 'elle joue avec des voitures ? Ça va faire une drôle de fille ça'. Et je rentre aussi violemment dans le lard de tout ceux ou celles qui me disent 'ha ouais, une dînette, forcément, c'est une fille, vous n'avez pas honte de reproduire les stéréotypes de la société'. Ma fille choisit ses jouets. C'est parfois des voitures, parfois des dînettes. Pour l'instant ce n'est pas encore des poupées, peut être qu'un jour ça le sera.

Ma fille choisit ses jouets. Et moi mon job, c'est de défendre ses choix pour elle, jusqu'à ce qu'elle soit capable de le faire elle-même.(comme ce sera mon job de le faire pour mon gamin, si j'en ai un un jour) Et uniquement jusqu'à ce moment là. Ensuite, ce sera à son tour de se battre. Moi, je ne serais plus que son backup, son side kick, si elle venait en avoir besoin.

Ma fille aime jouer aux voitures. Je suis un papa. Je suis un homme. Je suis un féministe. Elle le sera peut être un jour. En tout cas, j'aurais tout fait pour qu'elle est toujours le choix.

Quelques petites remarques de prévention anti-troll :

  • Remarque 1 : pour ceux qui voudraient donner leur avis sur 'la' façon d'élever des enfants, (surtout si les personnes en question n'ont pas d'enfant), je n'hésiterais pas à lever ma pancarte parent-splaining
  • Remarque 2 : Vous allez peut-être me dire qu'il y a pire, qu'il y a plus important comme point à défendre, ou autre. A ce moment là, je lèverais ma pancarte 'Si c'est tellement important, pourquoi vous ne vous en occupez pas vous, plutôt que de me dire ce que je dois faire moi ? '

vendredi, janvier 4 2013

Les 50 vraies raisons pour lesquelles vous manifestez le 13 janvier

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1. Vous n'êtes pas quelqu'un de méchant.

2. Vous voulez le bien de vos proches.

3. Vous êtes incapable d'avoir de l'empathie pour les gens qui ne sont pas comme vous.

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jeudi, décembre 13 2012

La nature

La nature. La nature est à la mode. On mange bio, parce que l'on pense que ce qui est OGM, ce qui a été arrosé de pesticide, est nocif pour notre santé. On réduit la consommation de lait de vache dans notre alimentation parce qu'on n'en consomme depuis pas assez longtemps pour avoir développé les bons enzymes pour les assimiler. On fait des enfants en mélangeant l'ovule d'une femme avec le spermatozoïde d'un homme en mettant une quéquette dans une foufoune. Si ça ne marche pas on s'y humilie pendant des mois avant de tenter la FIV. On accouche sans péridurale pour sentir une forme d'orgasme quand son enfant sort. On allaite son enfant pour qu'il soit en bonne santé.

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lundi, décembre 10 2012

Nos amis les masculinistes

Les féministes se méfient des hommes : « Ne me libère pas, je m'en charge ». Quel est l'intérêt des hommes dans le féminisme ? Si les hommes sont bien victimes de sexisme, doivent-ils le combattre avec les femmes ou doivent-ils mener leur propre combat ?

Ceux qui pensent devoir mener leur propre mouvement s'appellent les masculinistes, MRA chez les anglo-saxons (Men right's activists, activistes des droits des mâles). Selon eux, les hommes aussi subissent des injustices et des violences :

ce sont les mères qui sont avantagées pour la garde d'enfant lors de la séparation du couple par exemple ;

les hommes se suicident plus que les femmes ;

les garçons sont plus en échec scolaires que les filles ;

l'homme n'a pas le droit au congès maternité ;

on ne parle pas des hommes battus...

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vendredi, novembre 23 2012

Après rupture ou coucherie

Photo ancienne d'un couple (jusqu'ici tout va bien. Source : Gallica)

Les différentes personnes avec qui j'ai pu être m'ont beaucoup apporté. Au fur et à mesure, elles m'ont appris à être plus attentif, plus ouvert, plus propre, plus sûr de moi, à oser demander ce que je ne sais pas. Elles m'ont aussi appris les choses qu'elles savaient dans leurs différents domaines d'intérêt. Ces êtres humains sont formidables : elles ont fait de moi un homme meilleur.

Cependant je les détestais quand elles me quittaient. Je les détestais encore plus quand elles se mettaient peu de temps après avec un autre homme, des fois un homme que je connaissais. Et si à ce moment là j'étais seul, je les détestais encore plus. Les sales putes ! Moi un gentil garçon qui leur avait tant donné, elles me lâchaient pour un connard sans intérêt. J'étais souvent encouragé par mes amis dans ces cas là : Ils me donnaient raison d'être en colère, cessaient de voir l'autre, la méprisaient. Souvent ce n'est pas une personne que je quittais, mais tout un groupe : elle et ses amis.

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mardi, novembre 20 2012

«Ca va, parce que ça me fait bander», petit précis de lesbophobie.

« Oh deux filles ça va, moi ça me fait bander donc »

« Ah pour vous les filles c’est moins difficile, ça excite les mecs donc ils vont moins taper »

Si on m’avait donné un euro, à chaque fois que j’ai entendu ce genre de propos, j’aurais probablement de quoi m’acheter une petite île dans un endroit tranquille. Malheureusement, la connerie n’est pas distribuée avec sa contrepartie financière.

En règle générale, je laisse couler, parce que je n’ai pas forcément l’arsenal à disposition, pour expliquer ce qu’il en est, parce que je n’ai pas forcément envie de me voir répondre « tu devrais être flattée ». Parce que finalement on va toujours finir par me répondre « vous devriez laisser, c’est pas si grave ». Et du coup je laisse faire, et ça, depuis la première fille que je n’ai jamais embrassée, sous les rires et les encouragements de mes potes de l’époque plutôt intéressés par le divertissement.

Le porno mainstream, qui peine à produire des films lesbiens dans lequel l’homme (présent ou fantasmé) n’aurait pas une place centrale, est bien entendu l’un des premiers pourvoyeurs de ces représentations, mais il n’en est pas le seul. On trouve des récurrences du phénomènes un peu partout, voyez ici par exemple :

Touche pas à mon poste, baiser entre Audrey Pulvar et Enora Mala.

L’attitude du présentateur est symptomatique de cet état d’esprit. Il annule le baiser entre garçons, ou au moins le retarde parce que deux filles c’est plus chaud, et il feint ensuite la montée de température.

La question n’est pas de savoir si on peut trouver sexy deux filles qui s’embrassent, la question est de montrer comment la subordination automatique de la tolérance de l’homosexualité féminine à la sexualité hétéro-masculine est dangereuse, non pas seulement dans le monde des idées mais bien aussi dans la rue et ailleurs.

D’abord, l’argument du ça me fait bander confine la lesbienne à une obligation d’être féminine. Dans l’imagination collective le couple lesbien qui fait bander, il ressemble à ça : Baiser de deux femmes lors d'une manifestation (Photo AFP)

Les butch, les androgynes dans une certaine mesure, les trans non-opérées également, sont automatiquement exclues de cette « trêve de l’homophobie pour baisabilité dans l’œil hétéro masculin. » En gros les lesbiennes c’est sexy quand ça ressemble à deux meufs cis[1] rentrant dans l’idée classique de la féminité.

Ensuite, s’il est besoin de le répéter, la sexualité entre filles n’est pas un spectacle (à part quand c’est explicitement indiqué). Elle existe pour elle même et non pas pour l’œil masculin[2]. Tout comme les femmes hétéros ne sont pas juste le complément de l’homme dans la sexualité, celles qui échappent à la norme hétérosexiste ne sont pas là pour le faire bander. Embrasser une fille, on le fait pour nous, pas pour ceux que ça fait fantasmer.

Alors pourquoi, en plus, c’est dangereux ?

Pour comprendre ça il faut se plonger dans ces moments là. Aller un peu plus loin que le « ça me fait bander ». La phrase elle même s’accompagne souvent d’un « si je peux vous rejoindre, n’hésitez pas », « oh moi aussi j’aime les filles, alors ça nous fait un point commun dans le lit ? », « je peux venir ? ». Ca c’est quand on se limite aux dérapages verbaux.

Le souci c’est qu’ils inscrivent dans une logique de disponibilité du corps de la femme. Quand un couple de lesbienne répond non à une sollicitation de ce type on se retrouve face à des situations nettement plus hostiles.

Un petit matin à Paris, un groupe de potes rentrent de boîte, certaines s’embrassent, d’autres se tiennent par la main. La fatigue commence à se faire sentir et on attend le premier metro avec impatience.

Un homme passe par là, remarque le groupe, lance un sifflet d’appréciation, une remarque sur le fait qu’elles sont toutes sexy et décident de tenter d’embrasser de force l’une d’entre elles.

Lever de boucliers, les filles se montrent très agressives, l’homme s’éloigne effrayé, non sans déclarer « vous êtes toutes grosses », « vous avez besoin d’une bite », « sales gouines »[3].

Légitimer une représentation fantasmée de la lesbienne comme rempart à la lesbophobie c’est statuer encore une fois que le corps des femmes est à la disposition des hommes. Et c’est dangereux parce que les lesbiennes (ou les bi’ pans ‘ en relation entre filles) n’ont pas systématiquement envie d’un homme juste parce qu’elles sont en relation avec une femme. Un baiser échangé dans la rue n’est pas une invitation à venir leur raconter vos fantasmes et surtout pas à venir leur offrir votre masculinité comme le cadeau suprême qui leur manquerait. Le sexe entre filles n’est pas toujours le prélude à une partouze avec un homme[4].

En clair, si vous répondez à une fille qui vous explique qu’elle a du mal avec les remarques/stigmatisation/violences dont elle est victime à cause de ses relation avec d’autres filles : « Oh mais ça fait fantasmer les mecs, alors ça va ils vous laissent tranquilles », vous êtes paisiblement en train de lui expliquer que sa sexualité est validée par le désir masculin et donc « ça va ».

Pensez-y.

Notes

[1] Non-trans.

[2] Male gaze.

[3] On retrouve cette attitude de manière quasi systématique dans des cas de harcèlement de rue, où l’agresseur dévalorise « l’objet » qu’il souhaite obtenir, si celui-ci ne se soumet pas.

[4] Cela dit, ça peut, et tant mieux si ça marche.

jeudi, octobre 11 2012

American Gothic - Une parodie triste

Gordon Parks, Life Mag - Jill Corey Nov. 9, 1953On célèbre ce 30 Novembre 2012 le 100e anniversaire de la naissance de Gordon Parks, artiste et journaliste noir américain militant. À cette occasion, parlons un peu d'American Gothic, une de ses oeuvres photographiques les plus célèbres et controversées.

 Gordon Parks  était un artiste multifacette et prolifique : photographe, réalisateur, compositeur,  pianiste, poète. Il est particulièrement connu pour sa carrière cinématographique et ses photo-reportages dans Life, où il débute sa carrière à 25 ans et où il suit d'abord la mode et les personnalités. On lui doit notamment ce portrait d'Ingrid Bergman, tout en oblique, et en profondeur. Ses photos people et fashion ne sont pas le sujet de mon billet, mais je tenais à souligner la diversité des sujets qu'il a traités.

Sa carrière s'engage vite vers des sujets plus socio-politiques et il sera chargé en 1942 d'un photo-reportage sur l'Amérique rurale par un organisme rattaché au ministère de l'Agriculture, le FSA, qui se devait de surveiller et protèger le niveau de vie des fermiers les plus pauvres, très touchés par la crise.

American Gothic, Gordon Park

C'est lors de son premier jour à Washington qu'il prend la photo d'une employée de la FSA, Ella Watson.

I had experienced a kind of bigotry and discrimination here that I never expected to experience. ... At first, I asked her about her life, what it was like, and so disastrous that I felt that I must photograph this woman in a way that would make me feel or make the public feel about what Washington, D.C. was in 1942. So I put her before the American flag with a broom in one hand and a mop in another. And I said, "American Gothic"--that's how I felt at the moment. I didn't care about what anybody else felt. That's what I felt about America and Ella Watson's position inside America

Gordon Parks, entretien avec Phil Ponce

J'ai vécu là-bas (à Chicago) une forme de sectarisme et de discrimination que je n'avais jamais pensé subir... Au départ, j'avais demandé qu'elle me parle de sa vie, à quoi ça ressemblait, et c'était si désastreux que j'ai senti que je devais photographier cette femme d'une façon qui me ferait ressentir, et ferait ressentir au public, ce qu'était Washington D.C. en 1942. Je l'ai donc mise devant le drapeau américain avec un balai dans une main et une serpillère dans l'autre. Et j'ai dit "American Gothic" C'était ce que je ressentais sur le moment. Je me fichais de ce qu'aurait pu penser qui que ce soit d'autre. C'était ce que je ressentais, de l'Amérique et de la position d'Ella Watson en Amérique.

L'image parle de soi, et fait référence a un tableau de 1930 de Grant DeVolson Wood, intitulé lui aussi American Gothic, mais aux sujets et traitement tout à fait différents :

American Gothic - 1930

Le tableau représente un homme et une femme devant leur maison. L'homme tient à la main une fourche, qu'il dresse strictement verticalement. Il regarde droit devant lui. La femme, elle, est légèrement en retrait, à gauche. Son air soucieux se perd dans le lointain, vers la droite du tableau. En arrière plan, se dessine leur maison, de style néogothique. Wood déclare que  le genre de personnes qui lui plaisaient devaient vivre dans cette maison ("the kind of people I fancied should live in that house.")

Ce tableau connait vite un retentissant et surprenant succès (bien que les habitants de l'Iowa, région d'origine de l'artiste, que le tableau est censé représenter en soient très mécontents :-) ) :

During the Depression, it came to represent endurance in hard times through the quintessential American values of thrift, work, and faith. Later, in television, advertising, politics, and popular culture, American Gothic evolved into parody—all the while remaining a lodestar by which one might measure closeness to or distance from the American heartland.

American Gothic: A Life of America's Most Famous Painting - Steven Biel

Durant la Grande Dépression, il est devenu l'emblème de l'endurance dans les moments difficiles grâce à la quintessence des valeurs américaines de l'épargne, du travail et de la foi. Plus tard, à la télévision, dans la publicité, en politique et dans la culture populaire, American Gothic sera beaucoup parodié, tout en restant l'étoile polaire avec laquelle on peut mesurer la distance des choses avec le cœur de l'Amérique.

Mais revenons à la photographie de Gordon Parks. On voit trés bien la référence de construction au tableau de Grant Wood : même jeu de verticales, même austérité, même imbrication de premier plan - outil de travail, deuxième plan portrait, troisième plan "home". Il n'y a, par contre, aucune ogive gothique qui vienne justifier le titre de la photographie. Pourtant, outre les similarités structurelles, le titre rappelle l'évolution étymologique et esthétique du mot gothique :

[...] C’est Giorgio Vasari qui un peu plus tard fait de gothique un synonyme de barbare (violent) en associant l’art du Moyen Âge, le sac de Rome par les Goths en 410 et le sac de Rome par les Allemands en 1527. [...] Désormais, l’art gothique est l’art barbare par opposition à l’art de l’Antiquité. [...]

[...] À partir du XIXe siècle, la réhabilitation du Moyen Âge par le courant romantique (en général assez germanophile) aboutit à celle de l’art ogival et du mot gothique lui-même. On étudie donc désormais l'architecture gothique, mais aussi la peinture gothique, la sculpture gothique, le style gothique international, transition vers la Renaissance. Une bonne part de l’architecture religieuse du XIXe siècle est d’ailleurs « néo-gothique », en particulier avec Viollet-le-Duc [...].

Wikipedia

Gordon Parks parle bien lui aussi du gothisme américain, au coeur de l'Amérique qu'est Chicago. Dénonçant le racisme moyen-âgeux qui y règne en 1942, son point de vue se confronte à celui plus romantique de Wood.

Cette photographie est un portrait sans fard d'une femme de ménage noire, seule, dans  les bureaux vides de la FSA, s'opposant à un couple iconique, propriétaires terriens blancs, ceux-là mêmes que la FSA est en charge d'aider.

Quelques liens pour découvrir les photographies de Gordon Parks :

You know, the camera is not meant just to show misery. You can show beauty with it; you can do a lot of things. You can show--with a camera you can show things that you like about the universe, things that you hate about the universe. It's capable of doing both.

Gordon Parks - Half Past Autumn

Vous savez, un appareil photo n'est pas juste fait pour montrer la misère. Vous pouvez montrer la beauté avec, vous pouvez faire beaucoup de choses. Vous pouvez montrer - avec un objectif, vous pouvez montrer les choses que vous aimez dans l'univers, les choses que vous détestez dans l'univers. C'est possible de faire les deux.

Bon anniversaire, Gordon Parks !

Parodie optimiste

mercredi, septembre 5 2012

Petites images à distribuer

Au lieu de fulminer quand la discussion atteint le point G[1], vous pouvez distribuer des images :

  • Si vos interlocuteurs ont donné dans les arguments anti-féministes classiques, utilisez donc l'un des bingos féministes recensés par le blog des furies ;
  • Si vous prévoyez d'être dans un environnement sexiste, je vous suggère de vous équiper de ces cartons rouges et jaunes, il existe une version verte aussi pour récompenser les gens bien, mais malheureusement pas de version française à ma connaissance ;
  • Enfin, pour le prochain 8 mars, ne sortez pas sans vos points "blague de beauf de la journée de la femme" gracieusement offerts et illustrés par Martin Vidberg (qui m'a épargné le Seppuku Jigai un 8 mars, merci à lui).

Point "blague de beauf de la journée de la femme" par Martin Vidberg

Et bien sûr si vous en avez d'autres, n'hésitez pas à compléter dans les commentaires :)

Note

[1] Le point G, c'est le point Godwin, mais pour les discussions féministes ;)

lundi, septembre 3 2012

C'est le printemps

C'est le printemps...

samedi, septembre 1 2012

Pourquoi le féminisme ?

J'ai lu de-ci de-là cette question, pourquoi le féminisme aujourd'hui ? Selon la personne qui la pose et le contexte, cette question peut se détailler en :

  • pourquoi le féminisme dans nos contrées occidentales, alors que l'égalité formelle existe dans les lois ?
  • maintenant que les femmes ont les mêmes droits, il suffit d'attendre pour que le sexisme disparaisse, non ?
  • est-ce que les féministes ne voudraient pas dans le fond que les femmes aient plus de pouvoir que les hommes ?
  • si les féministes sont vraiment anti-sexistes, pourquoi employer ce mot "féminisme" qui "exclut les hommes" et qui a mauvaise presse ?
  • ...

Il y a d'autres nuances aussi, c'est une liste à compléter. Chaque point demandera une réponse spécifique et détaillée, en attendant que notre F.A.Q. se remplisse, je vous suggère d'aller faire un tour sur ces articles[1] :

Il y a un point à propos du mot féminisme que je n'ai pas vu souvent explicité. Certes, le terme est historique, c'est l'argument que Maïa avait utilisé un jour pour me passer un (gentil) savon à l'époque où je me disais "anti-sexiste". Et depuis j'ai bien progressé dans la connaissance du domaine, j'y ai trouvé une autre nuance importante.

Aujourd'hui encore, les femmes ne sont pas éduquées à revendiquer quoi que ce soit pour elles-même, pire nous sommes encore éduquées à laisser parler les hommes, surtout s'il s'agit de sujets graves. En soi ce côté provoquant, dérangeant pour certains, du féminisme, est aussi dû à ça, à l'incongruité de voir des femmes prendre des positions et les tenir. Or, le féminisme c'est aussi un terrain d’entraînement pour apprendre à se mettre en avant (ou désapprendre à se mettre en arrière). Les anglophones parlent d'empowerment et je n'ai pas trouvé de mot équivalent en français. Cet empowerment des femmes me semble à lui seul justifier qu'on utilise encore quelque temps le mot féminisme.

Illustration Justice et Féminisme par CarmieEnfin, contrairement à ce qu'on voudrait croire, notre société moderne n'est pas neutre du point de vue du genre. Je voudrais revenir sur cette idée dans un prochain article, comment le point de vue que l'on dit "neutre" est en fait un point de vue centré sur l'homme (masculin). La déconstruction de cette fausse neutralité entre aussi dans un programme féministe. Ce sont bien souvent les mêmes personnes tiquant sur le mot "féminisme" qui peuvent aussi vous expliquer que le mot "Homme" s'applique aussi aux femmes, que le masculin grammatical est la forme neutre, et qu'il n'y a pas besoin de réfléchir à l'impact psychosocial de la linguistique. Dans pas mal de pays francophones, on parle de "droits humains", mais pas en France, patrie des "Droits de l'Homme". Eh bien, pour ces gens-là, disons que dans le féminisme, ce sont les droits des hommes qui sont inclus dans ceux des femmes, pour une fois ;)

Note

[1] je vous invite à faire des suggestions dans les commentaires de cette note ou bien en passant par la page contact